REVUE>leChassis#4 / printemps-été 2018

 

Sommaire du numéro :

Édito

par Nathalie Desmet

Open Studio : Estèla Alliaud

Même les ombres étaient à leur place / par Nina Leger

Reportage photographique : Salim Santa Lucia

Chasseurs de tête : « Ça se multiplie, ça multiplie » : rencontre avec Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós

par Nathalie Desmet

Réseautage : CNEAI, Do It Together ! Entretien avec l’équipe du Centre

par Romain Semeteys

Perspective : Anti chef-d’oeuvre : Laurent Lacotte

par Noémie Monier

Liste A : « Dans l’art contemporain, il faut savoir être  infidèle » : entretien avec Joseph Kouli

par Romain Semeteys

Associations : Côme Clérino et le studio de design culinaire Tools of Food :

Les peintures culinaires, entre performance et recherche sensorielle

par Emmanuelle Oddo

Entrevue : Léandre Bernard-Brunel : l’art de tourner les fantômes

par Nathalie Desmet

 

Édito

 

Réussir à se faire payer… pour continuer à rendre le monde plus intéressant

 

1968-2018. Grande occasion de repenser l’impact, réel ou non, des années 1960-1970 sur la société, et plus particulièrement pour nous sur le milieu de l’art. Nul doute que ces années ont été fécondes, tant artistiquement que socialement, et ceci bien au-delà de nos frontières. Les artistes ne souhaitant plus être assimilés à la culture blanche, mâle et bourgeoise, se sont alors détournés des institutions muséales pour inventer d’autres façons de faire de l’art. Ils se sont mis, dans un même élan, à revendiquer un statut de travailleur comme un autre. Des marchands singuliers, comme Seth Siegelaub engagé auprès des artistes conceptuels, ont d’ailleurs accompagné le mouvement. La création du contrat TheArtist’s reserved Rights transfer and Sale Agreementdonnait la possibilité aux artistes de revendiquer des droits, que l’on juge pour certains élémentaires aujourd’hui, comme celui d’être consultés lors de l’exposition de leurs oeuvres ou encore d’être informés du devenir de leurs productions, voire de toucher un pourcentage sur les reventes. Progrès en ce qui concerne les droits moraux, mais très petit pas pour les droits patrimoniaux. Dans les années 1990, l’artiste Andrea Fraser notait encore que les artistes parvenant à percevoir une rémunération étaient généralement qualifiés de « difficiles » et montrés en contre-exemple. Au terme d’une exposition, il n’était pas rare pour elle d’apprendre que le budget avait été intégralement dépensé et qu’il n’était plus possible de la payer. En 2008, ces droits n’avaient pas beaucoup progressé. Le W.A.G.E. Working Artists and Greater Economy, créé à New York, demandait à nouveau une distribution plus équitable des revenus dans le monde de l’art. Belle idée. Combien devraient être rémunérés les artistes pour exposer leur travail, les critiques pour écrire des textes, les commissaires pour penser les expositions, et les mêmes pour faire une intervention publique, discuter avec les responsables des structures ? L’idée d’imposer une contribution au moins proportionnelle aux moyens réels des structures semble juste. Elle se concrétise d’ailleurs par un calculateur très sérieux reprenant les moyens réels des structures, donnant une rémunération indicative — pour une exposition, pour un texte — en fonction de ces différents postes de dépenses.

Nous sommes bien obligés aujourd’hui de modérer notre enthousiasme face à l’impact réel de ce genre d’initiative. Les artistes et indépendants du monde de l’art restent majoritairement mal payés. En 2016 en France, 51,9 % des artistes déclaraient des revenus inférieurs à 8 649 euros par an. Il n’y a pourtant jamais eu autant d’expositions, de concours et de résidences. Le monde culturel, et le monde de l’art en particulier, rapporte des milliards d’euros chaque année ; le marché est peu touché par la crise.La France qui n’est pas mieux lotie quand il s’agit de payer systématiquement, même symboliquement, les artistes, auteurs et commissaires d’expositions.

Nous ne pouvons qu’appuyer l’initiative de Pierre Beloüin, Carole Douillard, Thierry Fournier et P. Nicolas Ledoux qui, depuis 2014, oeuvrent eux aussi en faveur d’une rémunération plus équitable via la Charte de l’économie solidaire de l’art signée en 2016. Elle s’étend à tous les indépendants sollicités dans le milieu de l’art qu’ils soient artistes, commissaires d’exposition, critiques d’art, graphistes, photographes, régisseur·euses, médiateur·trices, agent·e·s d’art et assistant·e·s. Il était temps. Souhaitons que cette initiative soit entendue. Trop nombreuses sont encore les résidences proposées sans aucun moyen ni de production, ni de matériel, ni de transport, parfois même par des fondations prestigieuses. Trop nombreuses sont les institutions mettant dans l’embarras des curateurs qui n’auront pas les moyens de payer les artistes invités. Quand serons-nous payés pour, comme le manifeste W.A.G.E. le demande avec beaucoup d’à-propos, continuer à rendre le monde plus intéressant ?

 

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Lancement de la revue LeChassis 4. Photo Toma Laptes

 

 

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